La lubie de vouloir un chat "câlin"


Aujourd'hui, j'ai envie d'aborder un sujet qui, j’en suis à peu près sûre, fera réagir…en bien ou en mal, peu importe : je suis toujours ouverte au débat ! Et puis, susciter des réactions, c’est ce qui fait avancer le schmilblick comme dirait l’autre...


Aujourd’hui, j’ai envie de poser une question qui me taraude et que, pour ma part, je ne me suis jamais posée, à aucune des adoptions que j’ai pu faire : pourquoi les humains veulent à tout prix des chats câlins ? Pourquoi ce critère est, le plus souvent, une condition sine qua none à ce qu’un chat soit attirant et plus prompt à être adopté qu’un chat qui le serait moins ?

J’ai bien évidemment des éléments de réponse que je vais vous exposer… Mais j’ai surtout quelques petites remarques à faire pour faire comprendre qu’un “chat câlin” ne devrait pas être un critère de choix lorsqu’on veut partager sa vie avec un petit félin


source : image de Here and now, unfortunately, ends my journey (Pixabay)

Donc...reprenons depuis le début si vous le voulez bien… Quand je parle du début, il faut remonter à environ - 8000 ans avant JC lorsque l’humain a tout juste commencé la domestication supposée de l’ancêtre de notre chat actuel. Les relations entre l'espèce humaine et l’espèce chat était alors commensale : cela signifie qu’ils vivaient en harmonie, l’un à côté de l’autre, en toute indépendance et que chacun tirait profit de cet état de fait. D’une part les chats chassaient la vermine, protégeant ainsi les récoltes pour que les Hommes se nourrissent ; d’autre part, ces derniers laissaient les restes de nourriture aux limiers qui les débarrassaient des rongeurs et autres petits animaux venus grignotés les semences. Jusque là : pas d’histoires de câlins… Je vous passe la vénération des Égyptiens envers les chats, la période sombre où nos petits félins étaient associés au démon et on arrive alors au XVIIIe siècle, où le chat devient un animal de salon, de boudoirs (même s'il avait déjà entré une patte dans certaines cours royales auparavant...)

Oui… Ce n’est qu’il y a qu’un peu plus de 3 siècles seulement que notre petit félin préféré a commencé à prendre la place d’animal de compagnie qu’on lui connaît à présent auprès des humains… Sa position a évolué. Le développement des différentes races (4 races en 1897 identifiées par Carl Von Linné et plus de 50 races aujourd’hui, rien qu'en France, selon le LOOF) et l’élevage qui suppose une sélection génétique pour obtenir telle ou telle caractéristique, font qu’aujourd’hui, les gens veulent un certain “modèle de chat” (l’expression “modèle de chat” est bien réelle...je l’ai déjà entendue en consultation…).


Parmi les caractères les plus recherchés par les gens, il y a cette fameuse propension du chat à être “câlin”. Qu’est-ce donc qu’un chat “câlin” ? Un chat qui se laisse manipuler, porter, qui ronronne dès qu’on le touche, qui reste sur les genoux, vous colle un peu comme un chien, et appréciera toujours les interactions même s’il ne les a pas forcément initiées. Un chat gentil qu’on puisse toucher comme et quand on veut en somme...

Bien évidemment, lorsqu’on adopte un animal, on souhaite créer des liens privilégiés avec lui et avoir des contacts (cela va sans dire !) mais je vais vous renvoyer à l’article concernant le consentement animal et vous rappeler que le chat est une espèce solitaire à l’origine. C’est-à-dire qu’à la base, avant de devenir un chat de canapé, avant de devenir un Ragdoll, avant qu’il ne soit domestiqué (je préfère le terme apprivoisé) : le chat était fait pour vivre seul. Après le sevrage comportemental, la destinée du petit chat sauvage est de quitter sa mère et sa fratrie et d’explorer le monde (contrairement au chien qui a besoin de faire partie d’un groupe d’individus pour se sentir bien dans ses pattes). Attention ! Cela ne veut pas dire que le chat n’a pas besoin de socialité et qu’il sera forcément épanoui sans autres congénères (surtout aujourd’hui où l’on peut observer que de nombreux chats trouvent leur équilibre grâce aux relations interspécifiques). Par contre, ce que je dis, c’est que le chat n’a pas été créé pour être “câlin”. Il est avant tout un chasseur nocturne solitaire avant d’être “câlin”.


En réalité, ce que j’ai envie de faire passer comme message à travers ce billet c’est que cette lubie de vouloir un chat “câlin”, c’est vraiment dommage (et un peu égoïste aussi quand même…).

Déjà parce que lorsqu’on fait entrer un chat dans sa vie, on ne devrait rien attendre de lui. Il faudrait en premier lieu s’assurer que, nous humains, sommes capables de répondre à ses besoins éco-éthologiques afin qu’il soit le plus équilibré et épanoui possible en tant que chat et, surtout, que nous puissions assumer pleinement la responsabilité de prendre en charge cet être vivant.

Ensuite, parce qu’un chat est un individu à part entière et que “câlin” n’est pas un caractère inné mais acquis. Il peut s’acquérir très tôt à partir du moment où, chaton, il est manipulé régulièrement par différentes catégories de personnes, par exemple. Mais n’oublions pas que le chat est un animal, qu’il fonctionne aussi à l’instinct, que la génétique peut entrer en compte dans la détermination de sa personnalité, et que c’est souvent au fil du temps que le chat devient “câlin” (ou pas !). N’oublions pas non plus que si le chat “câlin” subit un épisode traumatique avec l’humain (qui occasionne une peur panique par exemple) ; de “câlin”, il peut très bien changer de comportement et devenir plus craintif et fuyant (donc moins “câlin”...). A contrario, un chat craintif que vous aurez pris le temps de mettre en confiance et de rassurer pourrait très bien devenir un chat extrêmement proche de vous (j’ai l’exemple parfait avec Kara à la maison !).


Enfin, (et je parle ici en tant qu’engagée dans la protection animale qui voit bien trop de chats laissés de côté parce qu’ils ne sont pas “câlins” ou ne correspondent pas à une liste de critères longue comme le bras - comme si les chats étaient des objets qu’on choisissait comme on achète une voiture……), j’aimerais réellement que chacun.e prenne conscience que le chat, tout poilu chaud et ronronnant qu’il est, n’est ni une peluche ni un doudou, n'est pas là un cadeau pour faire plaisir à votre enfant à Noël ou répondre à la fonction “câlin” que les objets susnommés remplissent parfaitement.

J’ai une pensée particulière et empathique pour les personnes qui souhaitent les câlins d’un chat car elles ressentent un manque affectif et ont un besoin de contact avec un être vivant… Sachez que, même si le chat peut être un excellent thérapeute et une compagnie rassurante, son rôle premier n’est pas de combler un vide


Je conclurai en vous disant ceci : n’essayez pas de trouver “un modèle de chat” si vous souhaitez faire entrer un petit félin dans votre vie. Posez-vous plutôt des questions sur la façon de remplir au mieux ses besoins éco-éthologiques afin qu’il soit épanoui… C’est tellement plus gratifiant de vivre avec un animal dans une relation d'adaptation réciproque plutôt que de vouloir à tout prix le ranger dans des cases humaines…


En espérant que cet article vous aura permis de vous détacher de cette image du “chat câlin” à tout prix, je vous souhaite à tous, chers humains et félins, une excellente journée 😽

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